Deux barres sur le test, et soudain les questions fusent ! À qui l’annoncer ? Qui consulter ? Comment supporter la fatigue et les nausées ?
Le premier trimestre de grossesse est une période à part : vous savez que votre vie va changer, et pourtant rien ne se voit encore.
Mon épisode consacré au premier trimestre est de loin le plus écouté de mon podcast. J’en déduis que vous êtes nombreuses à vous sentir un peu perdues, un peu « paumées », et à manquer de partage pendant ces premières semaines.
Ce guide de survie est né de mes accompagnements. J’écoute les femmes que j’accompagne, je relève leurs questions, et je vous propose ici des repères concrets pour y voir plus clair !
Un test positif avant même que votre corps vous parle
Aujourd’hui, la plupart d’entre nous découvrons notre grossesse grâce à un test urinaire. Une petite bandelette détecte l’hormone de grossesse, la bêta HCG, et vous livre l’information de but en blanc, très tôt.
Quand on y réfléchit, c’est très récent ! Un morceau de plastique vous annonce une nouvelle qui va changer votre vie pour toujours, avant même que votre corps vous l’ait vraiment dit.
Certaines femmes ressentent déjà des signes : une tension dans les seins, un début de nausée, de la fatigue, des tiraillements dans le bas du ventre, un retard de règles. Mais à ce stade, vous ne pouvez pas encore être sûre d’être enceinte par vos seules sensations.
Jusqu’à la génération de nos grands-mères, les femmes avaient plus de temps pour mener leur petit « jeu de piste » et apprivoiser la nouvelle.
Ce décalage entre l’information rationnelle et le message du corps peut vous plonger dans l’incertitude, voire dans la panique. Vous recevez l’information d’un élément extérieur, alors que vous avez besoin de sentir que vous possédez vos propres ressources pour avancer.
Et souvent, vous portez seule cette attente, puis la charge de l’annonce à votre conjoint ou votre conjointe.
Joie, peur, doute : toutes vos émotions ont leur place !
Ajoutez à cela la question du désir de grossesse. Une grossesse attendue depuis des années, une grossesse désirée qui arrive plus tôt que prévu, une grossesse surprise : chacune réveille des émotions différentes.
Et même quand vous l’attendiez de tout votre cœur, vous pouvez ressentir une profonde ambivalence.
Très peu de femmes se contentent de se réjouir. La plupart du temps, c’est beaucoup plus complexe ! Et à l’inverse, une grossesse que vous n’attendiez pas peut aussi vous procurer une joie inattendue.
J’entends très souvent en séance : « je n’ai pas profité de la nouvelle ». Vous venez d’apprendre que votre vie va changer, et vous ne savez pas encore comment réagir. Toute une palette d’émotions peut vous traverser.
Tout cela est normal, alors inutile d’ajouter une couche de culpabilité !
Je vous raconte tout cela plus en détail dans l’épisode « Premier trimestre de grossesse : Guide de survie ». Et si vous ne l’avez pas encore écouté, mon épisode 28 sur le premier trimestre de grossesse le complète très bien !
Premier trimestre de grossesse : la sage-femme, votre meilleure alliée
« J’ai mon test positif, je fais quoi maintenant ? » Mon conseil : contactez une sage-femme libérale.
La sage-femme est la professionnelle de la santé physiologique, sexuelle et obstétricale des femmes. Elle assure le suivi de grossesse et le suivi gynécologique tant qu’il n’y a pas de pathologie, des premières règles jusqu’après la ménopause.
Le gynécologue est un spécialiste de la pathologie : ses consultations sont plus courtes, il cherche d’abord un éventuel problème et prend moins le temps d’expliquer.
La sage-femme connaît intimement cette période de vie et prend le temps de vous répondre. Je la trouve donc précieuse au tout début de grossesse, quand vous avez besoin d’entamer un suivi médical !
Vos premiers examens et compléments
Votre sage-femme échange avec vous, répond à vos questions et vous prescrit une prise de sang pour doser l’hormone de grossesse, plus précise que le test urinaire.
Elle vous prescrit aussi de l’acide folique (vitamine B9), indispensable en début de grossesse pour prévenir certaines malformations. La Haute Autorité de santé recommande 400 microgrammes par jour jusqu’à 12 semaines d’aménorrhée, idéalement dès le projet de grossesse.
J’ajoute volontiers des oméga-3 ! La plupart d’entre nous en manquons, alors que ces bonnes graisses donnent leur souplesse aux membranes des cellules : précieux en pleine division embryonnaire.
Vous pouvez prendre un complément (non remboursé) ou, plus simplement, choisir en magasin bio un mélange d’huiles riches en oméga-3, pressées à froid. Comptez environ trois cuillères par jour, à froid, sur vos crudités ou vos légumes.
Semaines d’aménorrhée ou semaines de grossesse : comment vous y retrouver ?
Les semaines de grossesse comptent le temps écoulé depuis l’installation de la grossesse. Les semaines d’aménorrhée (SA) comptent les semaines sans règles, depuis le premier jour de vos dernières règles.
Par convention, on ajoute deux semaines : 3 semaines de grossesse correspondent à 5 SA. Ce calcul repose sur le cycle « type » de 28 jours que nous avons tous appris en cours de SVT, avec une ovulation au 14e jour.
13 %
C’est la part des cycles qui durent exactement 28 jours, d’après une étude portant sur plus de 600 000 cycles (Bull et al., npj Digital Medicine, 2019).
Votre absence de règles peut donc durer plus longtemps que ce calcul théorique, et c’est très courant !
Vous rassurer sans basculer dans le contrôle
Votre sage-femme vous parlera sans doute de l’échographie de datation. Elle vient en plus des trois échographies du suivi de grossesse, et vous la passez en général autour de 7 à 8 SA.
Elle date la grossesse à trois jours près et vérifie la présence d’un embryon avec une activité cardiaque, ainsi que son emplacement (il est attendu dans l’utérus). Elle reste facultative : la plupart des femmes sont contentes d’avoir cette information, mais si elle ne vous parle pas, vous pouvez vous en passer.
Avant 7 SA, une échographie montre très peu de choses : l’embryon est encore trop petit pour qu’on perçoive les battements de son cœur.
Si vous ressentez le besoin d’un suivi plus rapproché, vous pouvez faire plusieurs dosages de bêta HCG. Les faire tous les jours n’a aucun intérêt, car cette hormone n’évolue pas de façon linéaire.
Je sais combien la peur que la grossesse s’arrête peut devenir envahissante, surtout après une perte de grossesse ou un parcours de PMA (et même sans cela !).
Pour moi, tout est question de juste équilibre : vous rassurer suffisamment pour ne pas passer vos nuits à vous angoisser, tout en apprenant à conjuguer avec une certaine patience entre deux rendez-vous.
Un mot sur le Doppler, ce petit appareil qui permet d’entendre le cœur du bébé. Vous pouvez en acheter un librement sur internet, et je vous le déconseille vivement : c’est le meilleur moyen de vous faire des frayeurs et d’entrer dans une spirale obsessionnelle !
Toutes les sages-femmes en ont un. Entourez-vous plutôt d’un ou de plusieurs professionnels de santé en qui vous avez confiance.

Fatigue et nausées : autorisez-vous à ralentir !
Pour beaucoup de femmes, les symptômes du début de grossesse sont franchement « pas cool ». Ils ont pourtant une logique.
L’embryon porte un patrimoine génétique qui n’est pas entièrement le vôtre (et parfois pas du tout, en cas de don de gamètes). Votre corps accueille une greffe, et pour ne pas la rejeter, il a tout prévu : il se met en mode slow.
Fatigue, digestion difficile, nausées : tout cela fait souvent partie du « package ». Et ce n’est pas simple quand vous travaillez, d’autant qu’aucun arrêt n’est prévu de façon systématique en début de grossesse.
Je vous invite à vous autoriser à ralentir, sur le plan professionnel comme personnel. Si vous avez besoin d’un arrêt de travail, demandez-le !
Votre corps est en train de fabriquer un autre être humain. Même si rien ne se voit, il fournit un effort incroyable, et votre psyché aussi. Et si vous ne ressentez pas le besoin de lever le pied, vous pouvez bien sûr continuer votre vie à peu près normalement.
Mes tips pour apaiser les nausées
Les nausées viennent de ce ralentissement hormonal. Voici ce que je conseille aux femmes que j’accompagne :
- Mangez le plus fractionné possible, même huit fois par jour en petites quantités : vous ressentez souvent plus de nausées le ventre vide.
- Au réveil, grignotez quelques amandes ou noisettes avant de poser le pied par terre.
- Limitez ce qui vous semble acidifiant : beaucoup de femmes trouvent que les produits laitiers renforcent leurs nausées.
- Prenez ce qui passe ! S’il n’y a que du kiwi ou du pain qui passe, mangez du kiwi ou du pain.
Votre assiette n’est pas très équilibrée ? Pas grave : c’est une stratégie de survie, et vous rétablirez l’équilibre alimentaire plus tard !
Le tabou des trois mois : à qui annoncer votre grossesse ?
Un tabou persiste dans notre société : il faudrait taire sa grossesse jusqu’à trois mois, à cause du risque de fausse couche.
Il est vrai que la nature fait plutôt sa « sélection » au premier trimestre, tant que l’embryogenèse n’est pas terminée. Franchir ce cap ne garantit pourtant pas l’absence de problème : on découvre parfois certaines maladies plus tard, et la vie de votre enfant comportera toujours sa part d’imprévus.
Donner la vie, c’est aussi accueillir tout ce qui l’accompagne.
Ce tabou est très binaire, alors qu’une grossesse l’est rarement. Et il peut vous enfermer dans un vrai isolement.
Posez-vous plutôt cette question : si la grossesse s’arrêtait, avec qui aurais-je envie de le partager ?
La plupart d’entre nous avons envie d’être épaulées dans ces moments-là. Alors pourquoi attendre trois mois pour en parler à ces personnes-là ?
Votre grossesse a bien plus de chances d’aller au bout que de s’arrêter. Cette réflexion vous appartient, en solo ou à deux avec votre partenaire.
Ne restez pas seule pendant votre premier trimestre !
Je trouve qu’on manque cruellement de concret pendant ces premières semaines : on ne sait pas trop à quel saint se vouer !
Notre société laisse beaucoup de femmes traverser ce trimestre en silence, entre des symptômes invisibles et un secret imposé. Vous avez le droit d’être soutenue dès les toutes premières semaines !
C’est tout le sens de l’accompagnement périnatal. Je reçois beaucoup de femmes et de couples en tout début de grossesse, et même des femmes en désir d’enfant qui savent déjà qu’elles auront besoin de cet espace le jour où leur test sera positif.
En séance, nous avons plus de temps qu’en consultation médicale. Je vous écoute, j’accueille vos émotions et je réponds le plus précisément possible à vos questions, en vous orientant vers une sage-femme ou un autre professionnel de santé si nécessaire.
Je prends aussi soin de votre corps avec l’acupression, une technique douce adaptée au début de grossesse, qui vous aide à lâcher le mental et à vous relâcher.
Je vous accueille au cabinet à Vannes ou en visio, où que vous soyez. Et si je ne suis pas disponible, une collègue accompagnante pourra prendre le relais.
Je vous souhaite de traverser ce chamboulement avec le plus de douceur possible 🧡
Vos questions
Quand contacter une sage-femme en début de grossesse ?
Dès votre test positif ! Elle vous prescrira votre prise de sang et votre acide folique, et répondra à vos premières questions.
L’échographie de datation est-elle obligatoire ?
Elle est facultative. Vous la passez vers 7 à 8 SA si vous souhaitez dater précisément votre grossesse et vérifier l’activité cardiaque de l’embryon.
Comment soulager les nausées du premier trimestre ?
Mangez en petites quantités tout au long de la journée, évitez d’avoir le ventre vide et grignotez quelques amandes au réveil. Et surtout, mangez ce qui passe !
Edwige Calloc'h Carrier
Accompagnante périnatale, thérapeute EMDR, créatrice du podcast Un Temps pour Naître
