Vous le tenez contre vous depuis une heure. Il vient enfin de s’endormir. Et une petite voix vous glisse : « attention, tu vas lui donner de mauvaises habitudes ! »
Peut-être l’avez-vous entendue chez votre mère, chez une amie, sur Instagram ou dans un cabinet médical. Elle sème le doute dès les premières semaines, alors que vous faisiez simplement ce qui vous semblait juste.
Comprendre son bébé, au milieu de tous ces discours contradictoires, ressemble parfois à un vrai casse-tête.
C’est pour cette raison que j’ai eu un coup de cœur pour le livre du Dr Chloé Haddad-Halimi, médecin généraliste formée à la pédiatrie, à l’allaitement et à l’accompagnement à la parentalité. Je l’ai invitée dans le podcast, et je vous partage ici ce que notre échange m’a laissé : beaucoup de douceur, et un vrai soulagement !

Et si votre bébé vous racontait lui-même son histoire ?
« Bébé, raconte-moi les étapes de ton développement », paru en janvier 2026 aux éditions Mango et préfacé par la pédiatre Catherine Gueguen, a une particularité : c’est le bébé qui parle.
De sa naissance à ses deux ans, il écrit une sorte de journal intime et raconte à ses parents ce qu’il vit : l’allaitement, le sommeil, les pleurs, la diversification, les émotions.
Au départ, Dr Haddad Halimi avait commencé un guide classique. Après quelques pages sur l’alimentation, puis sur le sommeil, elle a tout arrêté. Elle trouvait le résultat stressant, rempli d’injonctions, et franchement ennuyeux à lire !
Elle a alors écrit le journal du bébé en deux semaines, sur la plage, dans les notes de son téléphone. Ses enfants avaient quelques mois et deux ans : elle puisait dans ce qu’elle vivait au quotidien.
Les encadrés d’experts et les repères scientifiques complètent son regard de médecin.
Je l’ai dévoré pendant ma grossesse, et je l’ai trouvé très juste, sans aucune injonction. Un exercice délicat, quand on veut transmettre les connaissances actuelles des neurosciences !
Comprendre son bébé commence par l’observer
Tout est parti d’un proche de Chloé, futur papa, qui lui a lancé : « je ne connais rien aux bébés, tu n’as qu’à m’écrire un livre ! »
Son premier conseil a été simple : observez votre bébé. Deux ans plus tard, ce proche le lui répète encore. Il observe sa fille, et il trouve ses réponses.
Un bébé qui pleure communique. C’est son langage. Plus tard, l’enfant de deux ans et demi qui se jette par terre vous dit lui aussi qu’il traverse quelque chose : une petite frustration, ou parfois une difficulté plus lourde.
Dans le livre, le bébé ne fait jamais de « caprice ». Il essaie de vous passer un message, dans sa langue à lui.
Un passage m’a beaucoup touchée. Le bébé y raconte son premier bain à la maison : vous avez oublié la serviette dans la chambre, il a froid pendant deux minutes. Et il vous rassure : votre présence et votre confiance comptent bien plus qu’une serviette chaude !
Je vous raconte tout cela plus en détail dans l’épisode « Répondre aux besoins de votre bébé sans vous oublier ! », avec le Dr Chloé Haddad-Halimi. Vous y découvrirez aussi le lien qu’elle observe en consultation entre les « enfants sages » d’hier et les jeunes adultes en burn-out d’aujourd’hui.
« Est-ce que je le porte trop ? »
C’est la question que j’entends le plus souvent en accompagnement. Est-ce que je réponds trop à ses besoins ? Est-ce que je risque de le rendre dépendant ?
La réponse de Chloé est rassurante : un bébé est dépendant. C’est sa nature !
Plus vous répondez à cette dépendance, plus votre bébé gagne en sécurité émotionnelle. Et c’est cette sécurité qui lui permettra, peu à peu, d’explorer le monde et de devenir autonome.
Elle se construit avec le temps. Votre bébé sort d’un ventre où tout était doux et contenu, et il découvre d’un coup des bruits, des odeurs, des visages et des lumières de partout.
Il a besoin de sentir que, la plupart du temps, vous répondez de façon ajustée à ce qu’il exprime. La plupart du temps : la perfection ne fait pas partie du contrat ! 🙂
Le dossier de Santé publique France sur les premiers liens parent-enfant le rappelle aussi : pour grandir en confiance, le tout-petit a besoin de liens chaleureux, stables et ajustés à ses besoins.
Ce qui est frappant, c’est à quel point notre culture garde ce réflexe de « dresser » un enfant, même un bébé de deux semaines. Des parents font simplement ce qui leur semble juste, et une seule remarque suffit à les faire douter.
Fermer la porte et laisser pleurer peut sembler « marcher » sur le moment : le bébé finit par se taire. Il se tait parce qu’il a compris que personne ne viendrait.
Répondre à ses besoins vous demande plus d’engagement. Et notre société ne vous aide pas davantage à le faire !
Le sommeil de votre bébé se construit pas à pas
Le sommeil reste la demande la plus pressante des parents que reçoit Dr Haddad Halimi. Celle qui fait le plus mal, aussi.
« Il a cinq mois et il ne fait toujours pas ses nuits ! » Dr Haddad Halimi n’a pas de baguette magique. Elle aide les parents à changer de regard sur ce qui se passe.
Le cerveau de votre bébé est immature, et son sommeil aussi. Ses cycles durent environ 45 minutes, contre une heure et demie chez l’adulte. Entre deux cycles, il peut se réveiller !
Alors s’il se réveille toutes les trois heures, il a déjà enchaîné plusieurs cycles. Vu sous cet angle, c’est plutôt rassurant, non ?
Vers quatre mois, vous entendrez sûrement parler de « régression du sommeil ». Dr Haddad Halimi y voit surtout une architecture du sommeil qui devient plus précise et plus complexe, avec l’arrivée de phases plus légères. Votre bébé se développe normalement !
Il a son propre rythme, et vous ne pourrez pas le « régler » comme une machine. Vous pouvez en revanche lui offrir de bonnes conditions : le coucher à des heures compatibles avec ses hormones, guetter ses signes de fatigue, vérifier qu’il mange suffisamment.
Un bébé qui s’entraîne à se retourner toute la journée peut aussi avoir le cerveau trop en alerte pour trouver le sommeil.
Et s’il mange encore la nuit ? Avant six mois, c’est normal. Entre six mois et un an, ça peut tout à fait l’être aussi.
Sur le cododo, Chloé expose aux parents les risques comme les bénéfices, et leur laisse le choix. Elle préfère leur donner les clés d’un sommeil partagé le plus sûr possible plutôt que de les voir le pratiquer en cachette.
Pendant ces nuits courtes, vous avez le droit de demander du relais. Le manque de sommeil épuise, et vous méritez du soutien !
Vos limites protègent aussi votre bébé
À chaque consultation de nouveau-né, Dr Haddad Halimi pose une question simple : comment va la maman ? Et le papa ?
Elle explique que la dépression du post-partum apparaît souvent après quelques semaines, et que vous avez tout intérêt à ne pas rester isolée.
16,7 %
des mères présentent une dépression du post-partum deux mois après l’accouchement, selon l’Enquête nationale périnatale 2021 de Santé publique France.
Elle parle aussi ouvertement du syndrome du bébé secoué. Les parents concernés sont souvent épuisés, et parfois très soucieux de bien faire, persuadés qu’un bébé qui pleure abîme son cerveau.
Son conseil : si votre bébé pleure énormément, que personne ne peut prendre le relais et que vous êtes à bout, couchez-le dans son lit en sécurité, sortez de la pièce et fermez la porte. Si cela se répète tous les jours, venez vous faire aider !
Je fais une vraie différence entre laisser pleurer un bébé « pour son bien » et le poser quelques minutes parce que vous sentez vos nerfs lâcher.
Dans le premier cas, vous lui envoyez le message que personne n’écoute ses besoins. Dans le second, vous le protégez, et vous vous protégez aussi. Poser votre bébé cinq minutes en sécurité ne l’abîmera pas !
Dr Haddad Halimi le rappelle aux enseignants qu’elle forme : le cerveau de l’enfant enregistre surtout les expériences répétées. Si vous êtes disponible la plupart du temps, il enregistre que vous êtes disponible.
En accompagnement, quand une femme me confie sa peur de perdre sa liberté ou de « se sacrifier », je lui pose une question : qu’est-ce que vous refusez de sacrifier en devenant mère ?
Si vous connaissez cette limite avant la naissance, vous pouvez inventer une façon d’être parent qui la respecte, même si elle ne ressemble pas à celle de votre voisine.
Dr Haddad Halimi ajoute une image que j’aime beaucoup : nos enfants sont notre meilleur baromètre. Quand vous trouvez votre enfant « insupportable », vous avez souvent atteint vos propres limites.
Prendre du temps pour vous, c’est remplir votre réservoir avec ce qui vous nourrit vraiment : une manucure, une randonnée, ou aller traire des vaches si c’est votre kiff ! 🙂
Retrouver votre ancrage parmi les injonctions
Une amie de Chloé Haddad Halimi , médecin elle aussi, s’est entendu dire par sa pédiatre d’arrêter d’allaiter parce que sa fille allait avoir un an. Elle savait que c’était faux. Et pourtant, à force d’entendre la remarque, elle a fini par douter.
Si les injonctions pèsent autant, c’est aussi parce que vous avez besoin d’être guidée et soutenue. Vous accordez votre confiance à celles et ceux qui veillent sur la santé de votre enfant, et leurs mots résonnent longtemps.
Quand vous vous sentez perdue, je vous propose d’aller chercher un deuxième avis : une autre professionnelle, une amie, une personne de confiance. Si les discours diffèrent, vous avez sûrement une belle marge de liberté !
Pour Dr Haddad Halimi, le plus important est de savoir pourquoi vous faites les choses. Si vous changez de cap à chaque remarque, votre enfant ne comprend plus rien, et vous non plus.
Vous pouvez faire évoluer toutes les habitudes : retrouver votre lit conjugal, arrêter le biberon de trois heures du matin. À une condition : être prête.
Votre bébé va sûrement protester. Votre rôle sera de rester là, calme et présente : « tu n’auras pas de biberon cette nuit, je comprends que c’est difficile, et je suis là. »
Si vous manquez d’énergie, attendez que vos ressources remontent. Il y a un temps pour tout !
Être ferme, pour Chloé, veut dire être sûre de votre choix tout en accompagnant votre enfant, sans menace. Quand vous êtes ancrée, votre enfant vous suit.
Faites-vous confiance, et faites-vous accompagner !
Notre génération de parents vit un vrai pivot. Nous savons mieux qu’avant ce dont un bébé a besoin, et nous le vivons souvent sans le village d’autrefois, avec un travail hyperconnecté et une pression à la performance partout.
Vous vous épuisez parce que vous portez seule ce que plusieurs personnes portaient autrefois ensemble.
Le message de Chloé, et le mien : informez-vous, faites le tri, et faites-vous confiance. Un parent qui se fait accompagner donne le meilleur de lui-même !!!
Chaque bébé est unique, chaque parent aussi. Vous avez des ressources, et parfois un peu de guidance vous aide à les retrouver.
Vous pouvez retrouver le Dr Chloé Haddad-Halimi sur son compte Instagram @doc_minicoeurs, où elle partage ses réflexions de médecin et de maman.
Et si vous voulez découvrir votre nouveau-né et ses besoins avant même son arrivée, je vous ai préparé l’atelier en ligne « Nouveau-né, mode d’emploi », à suivre à votre rythme.
Préparez un post-partum serein
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Vos questions
Est-ce qu’on peut trop porter son bébé ?
Un bébé est dépendant par nature. Plus vous répondez à son besoin de proximité, plus il se sent en sécurité, et c’est cette sécurité qui lui permet ensuite d’explorer et de gagner en autonomie.
À quel âge un bébé fait-il ses nuits ?
Aucun âge ne vaut pour tous les bébés. Ses cycles sont courts, son sommeil se construit, et manger la nuit reste normal avant six mois, souvent aussi jusqu’à un an. Si vous êtes à bout, cherchez du relais et parlez-en à un professionnel de santé.
Que faire quand mon bébé pleure et que je n’en peux plus ?
Couchez-le sur le dos dans son lit, en sécurité, puis sortez quelques minutes pour respirer. Si cela se produit chaque jour, faites-vous aider : votre médecin, votre sage-femme ou une accompagnante périnatale peuvent vous soutenir.
Edwige Calloc'h Carrier
Accompagnante périnatale, thérapeute EMDR, créatrice du podcast Un Temps pour Naître
