« La grossesse n’est pas une maladie » : vrai, et pourtant !

par | Oct 5, 2026 | grossesse | 0 commentaires

Combien de fois avez-vous entendu cette phrase ? Peut-être de la bouche de votre responsable, le jour où vous avez demandé un aménagement d’horaires. Peut-être lors d’un repas de famille. Ou même à la caisse du supermarché, quand vous avez osé faire valoir votre priorité (pourtant tout à fait légitime !).

« La grossesse n’est pas une maladie. » Elle tombe souvent comme un petit reproche, prononcée par quelqu’un qui n’est pas enceinte à ce moment-là. Et parfois, elle finit par résonner à l’intérieur de vous.

Alors, vrai ou faux ? La réponse est moins binaire qu’il n’y paraît, et je vous propose de la démêler ensemble.

Oui, la grossesse est un état physiologique !

Au sens littéral, la phrase dit vrai. La grossesse est un état physiologique : votre corps est fait pour la vivre, comme il est fait pour respirer, manger, dormir ou digérer. Se reproduire fait partie de notre nature d’êtres vivants, et la grossesse en est une étape.

Le problème, c’est la manière dont on emploie cette phrase. Lancée de but en blanc, sans nuance, elle balaie toute une réalité. Un état physiologique peut tout à fait vous bouleverser, mobiliser énormément de vos ressources et vous demander de ralentir.

Et c’est précisément ce que les personnes autour de vous ont besoin de comprendre.

Ce que la grossesse change dans votre corps

Commençons par le plus visible. Votre bébé grandit et prend du poids, mois après mois. Votre utérus prend de la place : il repousse vos poumons, votre cage thoracique, vos intestins, il modifie l’appui de votre dos et l’ouverture de vos hanches. Votre posture change, vos réflexes aussi. Digérer, respirer ou marcher longtemps peut alors devenir plus difficile.

Votre cœur, lui, travaille davantage. Votre volume sanguin augmente de 40 à 50 % au cours de la grossesse, comme le rappelle une synthèse publiée dans la revue Circulation. Concrètement, voici ce que cela représente :

+ 1 litre

de sang en plus à faire circuler chaque jour, en fin de grossesse !

Au moment où j’enregistrais l’épisode consacré à ce sujet, j’étais enceinte de huit mois. Après les quelques marches qui mènent à mon studio, il m’a fallu dix bonnes minutes pour retrouver mon souffle. Aucune pathologie particulière chez moi : simplement une cage thoracique plus étroite et ce litre de sang à pulser. Je l’accepte, puisque cela fait partie de l’état de grossesse. Mais je ne peux pas en faire autant que d’habitude, voilà tout !

Et je n’ai pas encore parlé du premier trimestre. Votre ventre ne se voit pas encore, pourtant les hormones s’activent dans tous les sens et modifient tout votre organisme : fatigue écrasante, nausées, sensibilité exacerbée. Ce début de grossesse, invisible aux yeux des autres, vous demande souvent déjà beaucoup.

Je vous raconte tout cela de vive voix (essoufflement compris 😅) dans cet épisode du podcast Un Temps pour Naître : « La grossesse c’est pas une maladie » vraiment ?

Votre psyché aussi traverse une transformation

Il y a les changements que l’on voit, et ceux que l’on voit moins. J’aime en parler, car un tabou naît souvent de ce qu’on ne dit pas : quand personne ne met de mots sur une expérience, elle finit par sembler illégitime.

Pendant la grossesse, vous vivez peut-être des trous de mémoire, une concentration en dents de scie, la sensation que votre cerveau fonctionne autrement. Ce ressenti est bien réel ! Une étude publiée dans Nature Neuroscience a observé que le cerveau des femmes se remodèle pendant la grossesse, en particulier dans les régions liées à la relation aux autres. Votre cerveau se prépare à accueillir une nouvelle personne : il est logique qu’il ne fonctionne plus exactement de la même façon.

Concrètement ? Vous ne pouvez plus porter la charge mentale de la même manière au fil des mois, et vous avez le droit de la réorganiser. Les cauchemars, très fréquents pendant la grossesse, en font aussi partie : ils relèvent de la physiologie, et quand ils reviennent nuit après nuit, ils pèsent lourd ! Vous avez le droit d’en parler et d’être écoutée.

Quand la grossesse s’accompagne d’une maladie

Autre nuance de taille : la grossesse, état physiologique, peut s’accompagner de pathologies. Et là, il s’agit bel et bien de maladies !

Je pense à l’hyperémèse gravidique, qui dépasse de loin les nausées « classiques » : des vomissements toute la journée, dans des formes sévères. Je pense au diabète gestationnel, à l’hypertension, qui peut elle-même annoncer une prééclampsie. Et il existe aussi des situations à risque, comme un col qui se modifie trop tôt ou des contractions très fréquentes, qui imposent du repos et des adaptations.

Alors, quand quelqu’un vous lance que la grossesse n’est pas une maladie, posez-vous cette question : que sait cette personne de ce que vous vivez ? Personne ne peut deviner, de l’extérieur, la réalité de votre grossesse.

Entre la femme « en pleine forme qu’on laisse vivre sa vie » et la femme « hors service à cause de ses complications », il existe tout un monde. Vous n’êtes jamais réduite à un état. Ce que vous méritez, c’est d’être prise en compte sans que l’on présuppose quoi que ce soit !

Un suivi médical qui regarde surtout les risques

Le paradoxe me frappe souvent. D’un côté, on vous dit « ce n’est pas une maladie, alors arrêtez de vous plaindre ». De l’autre, le suivi classique ressemble beaucoup à un contrôle technique : chaque mois, on vérifie que tout va bien, on traque les signes de pathologie, et si rien n’apparaît, on vous laisse repartir.

Ce suivi est une chance immense, comparé à ce qu’ont vécu nos ancêtres. Mais il laisse de côté tout ce qui relève de la physiologie et qui demande pourtant un regard attentif.

Je vous partage un épisode de ma propre grossesse. Au cinquième mois, j’ai eu deux pertes de liquide très fluides dans la même journée. J’ai surveillé, marché, attendu. Puis j’en ai parlé à ma sage-femme, que je voyais le surlendemain. Elle a pris le temps de me questionner, puis elle m’a rassurée : il ne s’agissait pas d’une fissure de la poche des eaux. Et elle est passée à la suite, ce qui fait partie de son travail.

Personne, en revanche, ne m’a demandé comment j’avais vécu ces heures-là. Se demander si l’on a fissuré la poche à 22 semaines, c’est franchement angoissant ! J’ai passé une demi-nuit pas chouette du tout. Ces moments-là font partie de votre grossesse, et vous avez le droit d’en parler, d’être écoutée et reconnue dans ce que vous avez traversé.

C’est tout le sens de mon métier d’accompagnante : prendre ce temps-là. Et ce besoin ne s’arrête pas à la naissance. Tant que le bébé va bien, on considère souvent qu’il n’y a plus rien à dire sur l’accouchement. Et ensuite, on s’étonne que tant de femmes glissent vers la dépression post-partum.

Le droit à l’ambivalence pendant la grossesse

Vous pouvez adorer sentir votre bébé bouger et détester l’état de grossesse. Vous pouvez avoir hâte de le tenir dans vos bras et trouver ces neuf mois interminables. Vous pouvez aussi savourer chaque semaine, parce que tout se passe bien et que cet état vous fait vivre des émotions uniques !

La grossesse vous transforme tellement qu’elle peut vous emmener vers le meilleur comme vers le pire, parfois dans la même journée. Toutes ces réalités sont légitimes, et vous avez le droit d’être reconnue dans vos contradictions. (J’en parle d’ailleurs dans cet article : je n’aime pas être enceinte.)

femme enceinte se tient le dos

Pourquoi notre société marche sur la tête

Ce que je trouve profondément déséquilibré aujourd’hui, c’est ce double discours. On attend des femmes enceintes qu’elles « fonctionnent » comme d’habitude, puisqu’elles sont « juste enceintes ». Et dans le même temps, on réduit les moyens de leur accompagnement.

Les petites maternités ferment parce qu’elles ne rapportent pas assez. Les naissances se concentrent dans de grands pôles, pensés d’abord pour les pathologies. Pourquoi ? Parce que notre système finance des actes. Une césarienne, une péridurale, une épisiotomie se cotent (et heureusement qu’elles existent quand on en a besoin !). Une présence attentive pendant un accouchement physiologique, elle, ne rapporte rien.

Dans d’autres pays, juste à côté de chez nous, les modèles fonctionnent autrement : les professionnelles font parfois moins de gestes, mais elles sont davantage présentes. Il est d’intérêt général de bien s’occuper des femmes enceintes !!!

Voilà aussi pourquoi les métiers de l’accompagnement périnatal ont toute leur place. Ces professionnelles prennent soin de toute la sphère physiologique que le système ne finance pas, et dont vous avez pourtant besoin.

Être soutenue, un besoin légitime

Alors, la grossesse est-elle une maladie ? Au sens littéral, non. Mais elle est un état à part dans votre vie, qui vous modifie en profondeur et qui mérite un regard différent. Elle peut aussi s’accompagner de vraies maladies, et elle ne se vit jamais de la même façon d’une femme à l’autre.

Si les femmes écoutent de plus en plus de podcasts, lisent de plus en plus de livres sur la grossesse et font appel à des accompagnantes ou à des doulas, ce n’est pas un hasard. Pour vous sentir bien, vous avez parfois moins besoin d’une prise en charge médicale que d’un vrai soutien. Ce besoin de soutien est profondément humain, et vous avez le droit de l’écouter !

Vous aimeriez être accompagnée pendant votre grossesse, avec du temps pour déposer ce que vous vivez, vos questions, vos ressentis, vos ambivalences ? C’est exactement ce que je vous propose dans mon accompagnement de grossesse !


Vos questions

La grossesse est-elle considérée comme une maladie au travail ?

Non, elle relève d’un régime à part : le Code du travail prévoit pour les femmes enceintes des protections et, selon les conventions collectives, des aménagements (réduction d’horaires, changement de poste, etc.). Renseignez-vous auprès de votre service RH ou de la médecine du travail !

Pourquoi suis-je si essoufflée en fin de grossesse ?

Votre utérus remonte vers votre cage thoracique et laisse moins de place à vos poumons, pendant que votre cœur fait circuler un volume de sang bien plus important. Si l’essoufflement survient au repos ou s’accompagne de douleurs, parlez-en sans attendre à votre sage-femme ou à votre médecin.

Est-ce normal d’avoir des trous de mémoire pendant la grossesse ?

Oui, c’est très fréquent ! Votre cerveau se réorganise pour accueillir votre bébé. Allégez votre charge mentale, notez ce qui compte et accordez-vous de l’indulgence 💛

Edwige Calloc'h Carrier

Edwige Calloc'h Carrier

Accompagnante périnatale, thérapeute EMDR, créatrice du podcast Un Temps pour Naître

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